« Le renforcement empathique résulte en grande partie de la posture de l’accompagnant. Ce phénomène déclenche chez la personne accompagnée un ressenti et des pensées positives favorisant la mobilisation et l’investissement dans le processus d’accompagnement à son bénéfice

La notion de renforcement est utilisée dans les situations d’apprentissage instrumental. Ce concept a été initié au sein du courant psychologique behavioriste. Lorsque, dans une situation, la personne accompagnée a un regard positif sur elle, l’accompagnant s’attarde à permettre à l’individu la prise de conscience de ce regard sur elle-même. Pour que ce mécanisme puisse fonctionner, il s’agira bien pour l’accompagnant de cibler ce que la personne a été dans les faits lors de cette situation et non pas forcément ce qu’elle a fait. En outre, il s’agit dès lors de pouvoir retrouver le comportement qui a été mis en application dans le cadre d’un contexte bien précis qui sera exploré avec la personne accompagnée. Ces éléments factuels permettront ensuite d’avoir un appui sur lequel baser le renforcement. Cette procédure permet à l’accompagnant d’éviter des écueils lourds de conséquences que pourraient être l’émission d’un avis, d’une interprétation ou d’un jugement.

Intégrer le renforcement au sein de sa tactique d’accompagnement au bénéfice de la personne accompagnée permettra à l’accompagnant non seulement de renforcer le rapport collaboratif qui le lie à la personne accompagnée mais surtout pour cette dernière de se (re)motiver, renforcer sa confiance et son estime de Soi et ainsi permettre l’ouverture de perspectives nouvelles sur ses capacités et ses potentialités. Les renforcements s’appuient donc sur les ressources de la personne accompagnée : les perspectives constructives, les progrès dans l’apprentissage, la réattribution des progrès aux compétences de la personne accompagnée, les réussites par la mise en mouvement et les avancées par les déclenchements. Les renforcements peuvent être générés sur des faits, sur la personne ou par l’empathie du coach via sa posture professionnelle.

Le renforcement empathique est le fait, pour l’accompagnant, de reconnaître d’emblée le problème de la personne qu’il accompagne, la pertinence de sa demande et l’espace d’expression et de construction identitaire qu’il offre à la personne dans le cadre son accompagnement. D’ailleurs l’accompagnant, doit avoir pleinement conscience du fabuleux cadeau que cela représente pour la personne accompagnée en tout instant. En ce sens, ses séances doivent pouvoir garantir en permanence à la fois une sécurité ontologique et écologique afin que la personne puisse pleinement s’exprimer dans son être et ce qu’elle est réellement, à partir d’elle-même. Le phénomène de renforcement empathique amène le client à se dire un certain nombre de choses quand le phénomène opère. De la même façon, ce phénomène suscite de potentiels ressentis et des pensées positives. En voici quelques uns.

« Je suis écouté et respecté »

Les renforcements associés aux trois autres techniques de l’entretien que sont la recontextualisation, la reformulation et le résumé additionné de l’ensemble des outils de l’écoute active amenée par C. Jung et principalement la calibration, va permettre à la personne accompagnée de se sentir écouter dans ce qu’elle est profondément, dans son identité. L’Art du questionnement mis en pratique par l’accompagnant permettra à la fois de garder une distance professionnelle tout en nourrissant le rapport collaboratif qui le lie à la personne accompagnée. Le fruit de la mise en œuvre de ses outils ajouté au renforcement empathique sera le sentiment de respect que la personne pourra éprouver lors de ses séances.

« Je suis en sécurité »

La sécurité ontologique de la personne accompagnée est primordiale et doit pouvoir être garantie lors de tout le processus d’accompagnement. L’utilisation de renforcements empathiques permettra à la personne de comprendre qu’elle est dans « son juste » par rapport à ce qu’elle estime être sa problématique et ce qu’il en découle comme demande. Qu’en l’état actuel des choses, dans le présent que représente l’aujourd’hui de la séance, elle peut être en sécurité car l’accompagnant respectera qui elle est dans son entièreté puisque les séances sont justement un espace d’expression et de construction identitaire.

« Je suis reconnu dans ce que je suis »

Le père de l’analyse transactionnelle, Eric Berne, nous apprend également la notion de « Stroke » qui veut autant pouvoir dire « caresse » que « coup » en anglais. Le stroke est la capacité à reconnaître quelque chose chez quelqu’un. Il explique d’ailleurs que nul ne peut vivre sans stroke puisque les mammifères pensants que nous sommes sont, fondamentalement, en recherche permanente de reconnaissance à l’égard d’Autrui. A tel point, que nous pouvons même être prêt à accepter des strokes qualifiés de négatifs pour le seul fait d’avoir été reconnus dans quelque chose dont nous sommes l’auteur. Le renforcement est une manière de procéder à un stroke positif, de reconnaître ce qu’est l’Autre dans ce qu’il est pour qu’il puisse se l’approprier. La motivation de l’individu prend sa source dans son rapport au besoin et est déclenchée par la satisfaction de ceux-ci : besoins et motivation sont intimement liée. Ainsi, le fait d’être reconnu dans ce que la personne a pu accomplir va non seulement lui générer des émotions perçues comme positives mais va aussi révéler un besoin profond, celui de continuer à être reconnu, et la capacité à se motiver pour répondre à ce besoin.

« Je ressens de la joie et de la satisfaction à être dans l’instant »

Le renforcement empathique a cette force de pouvoir permettre à la personne de ressentir de la joie et de la satisfaction dans l’instant. P. Roussel dans les années 2000 indique que les coachs étudient les processus qui interviennent entre les mécanismes cognitifs et affectifs de l’individu lorsqu’il cherche à atteindre ses objectifs. L’accompagnant est justement là pour ouvrir la voie à la prospective et à la projection dans le futur pour la personne qu’il accompagne. Il est donc évident, qu’il utilisera les occasions les plus pertinentes pour lui formuler des renforcements. L’émotion et les sentiments qui en résultent telle que la joie et la satisfaction dans cette situation, doivent être accueillis grâce à la technique de la calibration car elle révèle une mécanique propre à la levée de la motivation mais aussi du renforcement de l’estime de soi formidable. La dimension tactique de l’accompagnant va aider la personne accompagnée à comprendre ce qu’elle construit mentalement à travers ses émotions. Ressentir une émotion et en développer une conscience en la pensant sera une occasion pour elle d’agir sur l’émotion et d’en comprendre le mécanisme.

L’émotion spontanée, comme ici la joie d’être accueillie dans ce que la personne est, se transforme ensuite en des représentations plus complexes (ici la satisfaction) qui mutent ensuite en besoins. A l’issu de ce processus, on parlera non plus d’émotions mais de sentiment qui s’apparente davantage a l’émotion réfléchie, une fois qu’elle a été perçue, accueillie et comprise. Le sentiment est donc un état affectif complexe lié à des représentations mentales. Il est plus durable et de moindre intensité que l’émotion elle-même. Il est le résultat de croyances et de représentations et peut naître d’imbrication d’émotions. C’est la conséquence ou la cause de processus comportementaux qui s’alimente minute après minute, jour après jour au fil de nos expériences. Parce que le sentiment est cognitif, il ouvre la voie au questionnement pour l’accompagnant et va donc permettre d’explorer avec la personne accompagnée, les endroits qui permettrons de trouver des solutions pour atteindre son objectif. On voit bien ici, au vu de ce qui en résulte, que le renforcement empathique est un réel élément tactique que l’accompagnant va pouvoir utiliser au bénéfice de la personne accompagnée.

« J’aime et ai besoin d’être satisfait de qui je suis : j’ai envie d’en refaire l’expérience »

Le dernier effet, et non des moindre, qui résulte du renforcement empathique est la motivation qu’aura la personne à oser dire les choses telles quelles sont pour elle sans crainte de se voir formuler des oppositions. Non seulement, ce phénomène participera pour la personne au rétablissement de son estime d’elle-même mais en plus à la motivation qu’elle aura à s’essayer a de nouvelles tentatives peut être même en dehors du champ du processus d’accompagnement.

Vallerand & Thill nous apprennent en 1993 que « La motivation est une construction hypothétique utilisée afin de décrire les forces internes et / ou externes produisant le déclenchement, la direction, l’intensité et la persistance du comportement ». Deci & Rayan, dans leur théorie de l’autodétermination, indiquent que la motivation intrinsèque est guidée par son besoin d’autorégulation et par son besoin d’autodétermination, sans intervention extérieure pour permettre à la personne d’être autonome et indépendante ! En l’occurrence, lorsque l’accompagnant use d’un renforcement empathique dans sa stratégie pour générer des leviers motivationnels, il met déjà en place les tactiques nécessaires pour que la personne accompagnée puisse non seulement être active dans la construction de son processus identitaire mais aussi que cela puisse se faire de façon intrinsèque rendant ainsi la personne autonome et indépendante.

Dans la méthodologie du coach, plus la personne accompagnée prendra de la hauteur sur ses comportements d’origine, plus elle sera en position méta (réfléchir sur sa propre réflexion) et capable d’ajuster ses comportements. Trouver ses leviers de motivation intrinsèque amène ainsi la pérennité du processus de coaching tout en garantissant une sécurité ontologique pour la personne accompagnée.